La continuité des voix, 2e partie

4 décembre 2009

Suite à l’entente collective entérinée par l’UDA et l’ANDP pour les artistes en doublage, une table de concertation devait être instaurée (mai ‘08) pour se pencher sur le problème de la continuité des voix. À date, aucune réunion n’a eu lieu.
Il est toutefois délicat d’avoir dans le même syndicat une représentativité de l’emloyé et d’un employé-employeur! En effet, il existe une entente pour les artistes et une pour les directeurs de plateaux. La même chose se produit au niveau du théâtre: acteur et metteurs en scène sont représentés par l’UDA! Et souvent, un directeur de plateaux (ou metteur en scène) est aussi artiste-interprète…
Quel acteur osera alors critiquer ou questionner ouvertement des positions adoptées par un metteur en scène, et ainsi risquer de se faire écarter de futurs castings?! Extrapolez au niveau du doublage.
Le problème n’est donc plus comment appliquer une continuité des rôles, mais le fait même de l’existence de cette notion. Au détriment du public, bien sûr…
Personne n’aime se faire imposer des choix de castings. Mais aucun comédien n’aime se faire retirer un acteur qu’il a doublé auparavant. Les listes ont été établies pour ça; aider au casting, mais aussi assurer une certaine continuité.

Comment régler cela? Le pouvoir du choix au directeur de plateaux? Un article de rêglement qui oblige l’embauche d’un comédien pour respecter la continuité? Comment imposer (s’il y a lieu) le dit rêglement face aux studios, producteurs et distributeurs qui peuvent aussi influencer les castings? Quel est le juste milieu qui permettrait un équilibre entre ces deux réalités, soit le choix artistique et le respect de la continuité?

Et qu’en est-il des bandes-annonces?!… Pourquoi existe-t-il des castings parfois différents?
Avec la prochaine sectorielle de doublage qui s’annonce en janvier 2010, il serait opportun que cette ‘table de concertation’ ait quelque chose à proposer…

Les enfants aussi doivent s’adapter.

En effet, pour des raisons de budget, les voix de personnages sont souvent remplacées sur un dessin animé populaire. Le casting se fait selon une décision d’affaire: si un comédien a déjà beaucoup de lignes cette semaine-là, il sera appelé à remplacer un collègue dont un ou des personnages n’ont que quelques lignes sur tel épisode (évitant de convoquer le comédien attitré normalement).
Ce cas me semble unique, mais il est réel. Y en aura-t-il d’autres?
À suivre…

Une mode qui est là pour rester

4 novembre 2009

Hollywood a depuis longtemps instauré la mode des voix d’affiches pour ses longs métrages en dessins animés. Les vedettes enregistrent leurs lignes; l’animation suivra.

Ici, mais en technique de doublage (et non en ‘voix originale’), la mode s’est aussi installée. Les producteurs/distributeurs tabulant sur le fait qu’une voix d’une vedette attirera plus de spectateurs.
Cela donne son lot de surprises…

La technique du doublage n’est pas donnée à tous. Certains grands acteurs de théâtre (télé, ciné) ne parviennent pas à être à l’aise avec cette technique, et préfère donc s’abstenir.
Mais qu’en est-il lorsqu’on fait appel à des humoristes ou chanteurs, qui n’ont pas nécessairement suivi une formation en art dramatique?
La plupart du temps, si l’offre les intéressent, ils seront imposés aux directeurs. Ce sera à eux à tirer le meilleur des artistes-vedettes dans des conditions variables.
C’est une réalité de l’industrie auquel le milieu artistique et technique doit s’adapter.

Voici quelques exemples (non-exhaustifs) de cette mode qui est là pour rester (sans tenir compte de ceux qui font déjà du doublage ou qui se sont post-synchronisés):

En 2009: Planète 51 (Marc Dupré, Patrice Bélanger, Jean-Carl Boucher); Astro (Antoine L’Écuyer, Jacques L’Heureux, Pierre Brassard, Patrice Robitaille, Mirianne Brûlé); Coraline (Geneviève Brouillette, Jean-Michel Anctil).
2008: Volt (Claude Legault).
2007: Tous à l’Ouest: une aventure de Lucky Luke (RBO, Stéphane Rousseau); Trailer Park Boys: Le Film (Antoine Bertrand); Tenacious D et le pic du destin (Dan Bigras, Martin Deschamps); Les Rois du Surf (Benoît Brière, Mariloup Wolfe, Rachid Badouri).
2006: Mon Frère l’Ours 2 (Pierre Brassard, Ghislain Taschereau); La Véritable Histoire du Petit Chaperon Rouge (Patrick Norman); Garfield Pacha Royal (Patrick Huard).
2005: Robots (Benoît Brière); Pinocchio 3000 (Mario Jean, Sonia Vachon, Gilles Pelletier, Dominic & Martin).
2004: Garfield: Le Film (Patrick Huard). Ce succès au Québec a vraiment parti le bal.

Il y avait eu quelques tentatives auparavant, toutefois:

2003, Blizzard (Lise Dion). 1998, Mulan (Anthony Kavanagh). 1996, Le Bossu de Notre Dame (Lara Fabian). 1991, Rover Dangerfield (Albert Millaire).

Des curiosités à découvrir!

La qualité du français en doublage

10 octobre 2009

Voilà un sujet bien épineux.
C’est pourquoi je tiens à préciser qu’en aucun cas je ne vise à dénigrer le travail effectué par les comédiens, les directeurs et les adaptateurs. Bien qu’ils soient, en bout de ligne, garants du traitement de la langue dans les doublages.

Il y a la langue: le phrasé (en doublage, il faut respecter le rythme du phrasé original), l’accent (international, joual, pointilleux (pour le marché français), avec accents étrangers), qualité de la diction et de l’élocution, etc.

Et il y a la qualité du texte: choix de l’adaptateur et corrections/changements du directeur, vocabulaire/syntaxe, choix de la langue parlé (voir « accent »), références à l’original (culture, humour, propos général), etc.

Oublions le processus de détection et d’édition de copies qui peuvent altérer le résultat final d’un doublage (je pense à « Trailer Park Boys » ou « White Noise 2″ qui offre un décalage image-doublage). Cela est d’ordre technique.

Mais la qualité du français est un choix. Une responsabilité. Et donc, redevable. D’autant plus que s’il ne s’agit pas d’une commande expresse (« South Park » pour « V »), le choix revient au studio et/ou au producteur de passer la commande à l’adaptateur, qui travaillera en fonction du langage désiré.

Il existe des classiques ayant utilisé le joual avec succès:
« Les Simpsons » (un joual soigné). « Slap Shot » et la trilogie « Flodder » (« Les Lavigueur »), utilisant un joual plus vulgaire.
Et comment imaginer les films de Cheech & Chong sans le doublage en joual? Ça ne les rend que plus drôles!
Et est-ce que « Polyester » aurait mérité un doublage en international? Poser la question…
« Trailer Park Boys » en français international n’aurait pas passé la barre. Ce serait à la limite de l’absurde.
Ce sont, toutefois, des exceptions.

Mais que dire des expérimentations où les accents diffèrent? L’expérience « Ally McBeal », par exemple. Ou plus récemment, « American Dad ». On peut se poser la question. Est-ce un choix de l’industrie ou de la direction artistique? Et pourquoi?

Bien sûr, certains diront que le français international est déjà un langage fabriqué. Mais nager entre deux eaux est risqué. Est-ce une approche artistique qui veut démontrer que dans la vie de tous les jours, nous ne parlons pas tous de la même façon? Ce serait louable et concret. Mais l’oreille des auditeurs est-elle prète à cela? Et comment gérer ces différences afin que ce soit ‘écoutable’ sans déranger? Que ce soit ‘digeste’?

Plusieurs courriels reçus consistent en des demandes d’Informations (et des candidatures!). Mais beaucoup aussi sont des plaintes reçues concernant la qualité du français. Donc, c’est important pour certains auditeurs!!

Mais il est certain que la rapidité demandée aux adaptateurs (y compris en documentaire et télé-réalité) est parfois à la limite de l’essoufflement. En plus des contraintes multiples (terminologie, durées à respecter, phrasé le plus naturel possible, références culturelles,etc.), la connaissance du français d’un adaptateur doit être impeccable. En plus d’être aussi traducteur!

Donc, je crois qu’en tenant compte des divers facteurs influant le tout, il ne faut pas perdre de vue que l’apport du langage utilisé en doublage est un élément important de la qualité générale du français au Québec.

Coffrets dvd en région 2 (PAL)

19 septembre 2009

En effectuant quelques recherches sur internet, quelle ne fût pas ma surprise de constater que certaines séries doublées au Québec ne se retrouvent disponibles que via des copies distribuées en France. En format PAL, et en zone (région) 2.
Donc, non seulement il faut un lecteur apte à lire les différentes zones dvd, mais aussi le systême PAL.

Mais surtout, qu’il faut commander en importation, et payer en euros pour se procurer certaines séries tv avec une vfq. C’est le cas de « Cosmos:1999″ et de « Alerte dans l’Espace », entre autres.
Bien que Cinélume fût le distributeur de ITC à l’époque, la distribution des dvds est une autre affaire.

Certaines autres séries, ayant eu une entente de co-post-production doublage, telles « L’homme de $6 Millions » (« L’Homme qui valait 3 Milliards » en France) et « Hawaii 5-0″ (« Hawaii Police d’état » en France) se retrouvent aussi qu’en vente libre sur le territoire européen.

Heureusement, nous pouvons nous procurer certaines séries doublées ici comme « Les Simpsons », « Voyage au Fond des Mers », « Daniel Boone »; et des classiques de l’animation pour enfants comme « Mini-Fée », « Heidi », Le Petit Castor », « Vicki le Viking », etc.

Le consommateur québécois serait-il à ce point si peu important au niveau financier pour certains distributeurs? Heureusement qu’il y a l’internet…

S. Rivard

L’offre et la demande: la vfq sur dvd au Québec

14 juillet 2009

On le sait, les lois du marché dictent normalement les décisions des distributeurs de l’industrie du cinéma en ce qui a trait à l’exploitation sur marché complémentaire des productions cinématographiques.

Un film a eu un succès en salles, on compte aussi sur un succès sur le marché du dvd. C’était la même chose lorsqu’il s’agissait de vidéocassettes.
Sans oublier le marché de la télévision.

Mais maintenant qu’il y a une majorité de sorties simultanées États-Unis/Canada (et parfois même mondiales), les distributeurs doivent prendre plus de chances sur l’idée d’un succès ou d’un échec potentiel d’un film exploité en salles.
C’est pourquoi certains distributeurs décideront d’exploiter seulement sur le marché de la dvd certaines productions.
Si les propriétaires de salles de cinéma au Québec n’offrent qu’une légère demande pour un film, il n’y aura pas de visas pour les salles. Il serait étrange de voir une production doublée présentée que dans la région de Québec, par exemple.
Ce sera alors une sortie dvd et/ou télévision.

Nous parlons bien sûr des vfq: version francophone au Québec (doublée au Québec).

Mais c’est encore plus complexe… Le distributeur a aussi le choix, même s’il existe une version doublée au Québec, d’éditer la version de France (ou Belgique) sur le marché de la dvd.
Nous retrouvons donc, sur nos tablettes et en magasins, un dvd avec la version doublée en France. Avec l’accent, le jargon et l’adaptation française (ou belge).

Et ce, même si parfois, la version doublée au Québec a été présentée en salles. Ouf!

Mais il y a pire…

Les séries tv. La loi monopole française qui stipule que tout film en langue étrangère doit être doublé en France pour une sortie française ne s’applique pas aux séries tv.
Il existe des ententes France-Québec, en co-productions ou non, permettant à des doublages pour la tv d’être présentés dans les deux continents. La Belgique et la France doublent les séries américaines (!), et nous les séries canadiennes (normalement).
Mais lorsqu’elles se retrouvent en coffrets dvds, c’est une autre histoire.

À suivre…

Prudence et Paranoïa

14 mai 2009

Au cours des dernières semaines, il m’a été donné la chance de travailler sur quelques productions destinées pour le grand écran. J’indique ‘quelques semaines’ car au cours de celles-ci, à deux reprises, j’ai été confronté à des copies de travail sécurisées à un degré inouï.

Il faut savoir qu’une copie de travail est destinée au doublage. Comme ici au Québec nos sorties cinéma sont en majorité simultanées avec la sortie américaine, nous devons travailler avec des copies qui ne sont pas souvent finalisées. Mais de plus, elles sont ’sécurisées’. Ce, afin d’éviter le piratage, la captation illégale, le transfert illicite sur internet et l’exploitation non-autorisée.

Ce processus est normal et permet à l’industrie d’éviter une perte de revenus/profits dû à des activités criminelles (vous savez, la notice du FBI présente sur les dvds/Blue-Ray/cassettes vidéos?!).

Les moyens utilisés par Los Angeles inclus des ‘time codes’ (horlogerie de défilement de la bande), une barre blanche transversale de l’image (qui parfoit, se ‘promène’ sur l’image), un fond d’écran avec le nom du distributeur et/ou producteur, le nom de la/du responsable de la distribution locale sur un côté de l’image, un effet de ‘distorsion’ léger du son (qui sonne ‘métallique’), version « noir et blanc », version avec des effets spéciaux non-achevés, etc…

Mais il y a plus. Les copies (de travail, pas commerciales) offrent maintenant des versions tronquées de l’image à 75%. Vous avez bien lu… ces versions, souvent ainsi cachées car elles incluent des vaisseaux spatiaux, monstres, super-héros et autres intérêts exploitables par le marché illicite, sont par le fait même des copies de travail qui rendent le processus très complexe et… risqué.

Car comment voulez-vous vous assurer d’un travail de précision (le doublage en est un!) si le matériel de base est ainsi manipulé? Comment peux-t-on penser qu’un doublage peut se baser sur le son seulement?!
Cette situation est absurde. Mais, j’en ai été témoin à plus d’une reprise, bien existante.

Et si elle se répète souvent, pourrait nuire à notre industrie. Et à notre réputation. Et ce, bien malgré les meilleurs efforts concertés des intervenants locaux.
Il faudra se pencher sérieusement sur cette problématique. Et trouver des solutions avec le géant américain, notre principal fournisseur.

S. Rivard

La Continuité des voix

13 avril 2009

Premier sujet du blogue; un thème semi-tabou. Mais comme c’est aussi la question du sondage actuel, abordons cette « problématique » en tentant de demeurer neutre.

Il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un élément important qui chez certains, va de soi; chez d’autres, est un irritant qui peut mener à l’indifférence et/ou au refus.

La continuité des voix n’est pas unique au Qc! On a qu’à écouter les 4 doublages français des films d’Indiana Jones pour constater qu’une voix en vaut trois autres!!!

Nous sommes bien loin de la constance reliée à la voix de Roger Moore, associée à feu-Claude Bertrand, présente sur les séries « Le Saint », « Amicalement Vôtre » et les films de James Bond! Ou de Woody Allen, doublé par Bernard Murat jusqu’en 1993.

Ici, à part de rares exceptions, Bruce Willis a été doublé par Jean-Luc Montminy. Nous associons la voix de Mel Gibson à Hubert Gagnon.  Celle de Susan Sarandon à Claudine Chatel. Jodie Foster, lorsqu’elle ne se double pas elle-même, l’est par Marie-Andrée Corneille.

S’il est tout-à-fait normal (je dirais même sain) d’avoir une alternative sur le choix d’un casting (congé de vacances, maladie, retraite, décès), qu’en est-il lorsque un acteur est associé à plus de 5 voix d’acteurs-doubleurs actifs?

D’autres facteurs entrent en ligne de compte: l’enfant d’antan qui a grandement changé; un ‘miscasting’ qui demande ajustement; auditions exigées par producteurs et/ou réalisateurs (nous y reviendrons dans un autre sujet de blogue).

Mais aussi le facteur compatibilité entre le directeur de plateau et l’acteur; le jugement du directeur face à l’énergie du personnage à doubler ou du type de film (comédie légère ou tragédie?).

Il existe trois sources d’informations pour l’aide au casting en doublage, faciles d’accès pour les intervenants:

Une liste de corrélations acteurs/doubleurs, gérée par le distributeur Alliance Vivafilm; une liste similaire propre à certains studios de doublage; et notre banque de données comprenant déjà plus de 1800 fiches de films doublés au Qc.

Il faut comprendre que cela demeure des outils. Il n’y a pas de règles internes  dans l’industrie (outre la demande de distributeurs pour des suites tel que les volets Harry Potter), ni d’exigences syndicales en ce sens.

Et si certains intervenants (employés de studios, acteurs) peuvent influencer certaines décisions, il revient aux directeurs d’établir leur casting.

Quant aux cinéphiles, ceux qui paient leur entrée au cinéma et achètent les dvds – et donc, indirectement, le salaire des artisans du doublage – qu’en est-il? La continuité des voix est-elle importante pour eux?

À vous d’y répondre via ce blogue ou le sondage.

Bienvenue sur le blogue!

20 mars 2009

Bienvenue sur le blogue de doublage.qc.ca!

En mon nom, qui n’engage aucune autre personne ou organisations, je vous ferai part à l’occasion de réflexions sur le milieu du doublage au Québec.

Différent d’autres blogues, celui-ci pourra avoir l’amplitude d’un article en soi à l’occasion.

Vous pourrez discuter du thème;  je pourrai y répondre. Et parfois avoir à modérer et/ou modifier certains propos (mais espérons-le, pas souvent), afin de soustraire tout ce qui pourrait être injurieux, blasphématoire et irrespectueux.

Vous pourrez aussi, en m’écrivant via le lien en ce sens sur doublage.qc.ca, proposez des suggestions de discussions.

Veuillez noter que le masculin est utilisé afin d’alléger le texte.

Ceci est un essai. De votre participation dépendra sa continuité.

Doublement Vôtre

Stéphane Rivard